Une défense européenne indépendante

25 février 2002

 

L’avenir de la France qui fait l’objet du débat actuel ne peut être traité complètement si l’on omet d’aborder le domaine de la sécurité extérieure, donc de la défense.

Le 11 septembre 2001 ne peut s’effacer de nos mémoires. Personne ne peut rester insensible à ce monstrueux attentat, personne ne peut oublier non plus que la France n’a pu jouer son rôle dans la riposte indispensable. Elle a montré son incapacité à assumer son destin.

L’équilibre entre dissuasion, projection et protection doit-il être revu et adapté à la situation d’aujourd’hui ou globalement mis en cause ?

L’indépendance de notre force armée doit-elle être un point incontournable, ou bien la satellisation de l’Europe sous l’égide américaine est-elle envisageable ?

C’est ce débat auquel « Objectif-France » vous convie.

·      La première réponse de fond que les électeurs doivent apporter lors de l’élection présidentielle est bien de savoir si la France doit conserver sa totale liberté d’analyse et d’intervention. Si c’est le cas comme nous pouvons l’espérer, il convient d’en accepter le coût pour inverser la tendance actuelle aux coupes budgétaires (-30% par rapport au début des années 90).

·     La seconde concerne la force de frappe nucléaire qui doit rester à un niveau technique suffisant pour garantir la pérennité de la dissuasion. Car si certains comme Nicolas Baverez[1] peuvent penser qu’elle est devenue inutile depuis l’effondrement du bloc soviétique, personne ne peut être sûr de détenir aujourd’hui la vérité de demain. Une politique nucléaire ne souffrant d’aucun retard ni atermoiement, c’est maintenant qu’il faut choisir.

·     La troisième concerne la structure à mettre en place suite à la suppression du service national que beaucoup contestent aujourd’hui, en vue notamment de la protection du territoire national.

·     Enfin, la dernière doit prendre en compte la construction de l’Europe, à partir du moment ou chacun s’accorde sur le sens profond que l’on peut donner à cette entreprise.

La position que peut afficher Objectif-France s’articule autour de quelques principes de base évidents.

1 – Il est possible d’envisager une armée européenne commune, mais pas unique. Personne n’assurera mieux que nous la défense de nos intérêts vitaux.

2 – Un accord doit être passé entre toutes les nations européennes sur la couverture nucléaire qui pourrait être assurée conjointement par les deux puissances détentrices actuelles de l’arme nucléaire : la France et la Grande-Bretagne.

3 – Afin de donner à l’Europe toute l’indépendance nécessaire pour assumer ses choix, il est indispensable que l’ensemble des Nations s’organise en dehors de l’Organisation militaire de l’Alliance Atlantique, comme avait osé le faire pour la France le Général de Gaulle de 1959 à 1966.

« Il faut que la défense de la France soit française. Une nation comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre ; il faut que son effort soit son effort. Sans doute la défense française pourrait-elle être, le cas échéant, conjuguée avec celle d’autres pays. Mais il serait indispensable qu’elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même et à sa façon. » précisait-il le 3 novembre 59

4 – Prévoir une coopération européenne et une planification en terme de financement.

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Cette base de réflexion ne peut souffrir aucune exception. Contrairement à l’Euro, où chacun de nos partenaires a pu choisir d’y être ou pas, la défense européenne commune ne doit en aucun cas s’encombrer de faux-fuyant. Pourquoi ne pas en faire une condition sine qua non à toute nouvelle évolution de l’Europe et aux adhésions nouvelles ?

Alain KERHERVE


[1] Historien, économiste et essayiste